Technologie numérique et agriculture de précision
Phytopathologie

Surveillance de la tache goudronneuse du maïs : Validation de modèles prévisionnels et détection hâtive par imagerie multispectrale

Résumé vulgarisé

La tache goudronneuse du maïs (Phyllachora maydis) est une des maladies les plus importantes en Amérique latine et aux États-Unis, créant des pertes de 50 % en années épidémiques, menaçant la sécurité alimentaire mondiale. En 2018, seulement trois ans après sa première détection, des pertes de 30 % ont été observées aux États-Unis en raison de conditions climatiques favorables. La gestion de la tache goudronneuse inclut les rotations, l’enfouissement de résidus, les fongicides foliaires et l’utilisation d’hybrides moyennement résistants. Autant que les rotations peuvent aider à réduire l’inoculum provenant du champ, les infections sur les feuilles du haut de la plante dans des champs aux États-Unis suggèrent que les ascospores de P. maydis peuvent voyager de champs voisins et sur de longues distances, réduisant l’efficacité des rotations et du travail du sol pour la gestion de la tache goudronneuse. Des hybrides moyennement résistants existent, mais, des études démontrent que la majorité des hybrides sont susceptibles, rendant la gestion de cette maladie dépendante principalement aux fongicides foliaires. Les études démontrent que les fongicides foliaires les plus efficaces pour la gestion de la tache goudronneuse sont ceux ayant deux ou trois ingrédients actifs et des indices de risque pour la santé et l’environnement plus élevées. Avec les changements climatiques, des outils de gestion sont nécessaires pour prendre des décisions informées tant à la nécessité d’appliquer des fongicides foliaires ou non. Des modèles prévisionnels existent pour la tache goudronneuse du maïs, que ça soit avec des données météorologiques ou la détection hâtive par imagerie multispectrale, et permettent de cibler le moment d’applications de fongicides foliaires uniquement lorsque nécessaire et dans les secteurs du champ réellement atteints par la maladie. Par contre, il manque encore des connaissances tant à leur exactitude, précision et spécificité sous conditions agroclimatiques québécoises. Pour les modèles d’imagerie multispectrale, il manque encore des études suivant le développement de la maladie aux différents stades phénologiques du maïs et à différents niveaux de sévérité de la maladie au champ. Ce projet vise à évaluer, adapter et valider les modèles prévisionnels climatiques, et de développer des modèles de surveillance et détection hâtive par imagerie multispectrale par drone pour outiller les producteurs et productrices québécois et québécoises.

Crédit photo : CÉROM

Résumé scientifique

La tache goudronneuse, causée par Phyllochora maydis, est une maladie fongique importante du maïs. L’agent pathogène est un parasite obligatoire qui réduit la capacité de photosynthèse de la plante, réduisant le rendement du maïs (grain, ensilage et sucré) et la qualité d’ensilage du maïs-ensilage. Détecté en 2015 pour la première fois aux États-Unis, la première épidémie a eu lieu en 2018, créant des pertes estimées de presque 870 M$ CAD. Depuis, la maladie s’est dispersée dans la majorité de région du « Corn-belt », et des pertes de 25 % à 30 % ont été rapportées dans certaines régions des États-Unis, et des pertes de 11 % à 46 % sont documentées en Amérique Latine. En 2022, la tache goudronneuse du maïs a été déclarée la maladie la créant le plus de dommage du maïs aux États-Unis. Au Québec, sa présence a été confirmée pour la première fois en 2024 au mois de septembre, avec plus que 30 cas confirmés dans quatre régions agricoles (Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, Mauricie et Montérégie). La présence de la tache goudronneuse au Québec met à risque la production du maïs, une culture importante pour les producteurs et productrices. La dispersion de la tache goudronneuse ou une augmentation de sa fréquence ou sévérité auront non seulement un impact sur la production du maïs, mais aussi sur l’élevage d’animaux, dont le maïs est souvent un aliment de base important (Carley et al., 2025, Mottaleb et al., 2019).

À date, les études examinant l’effet de pratiques agricoles pour la gestion de la tache goudronneuse du maïs sont rares et ne démontrent pas de pratiques fiables pour une gestion efficace. Bien que des hybrides moyennement résistants existent, selon certaines études, la majorité des hybrides sont considérés comme susceptibles et peuvent être fortement atteints en conditions favorables au développement de la maladie, limitant les options pour les producteurs et productrices. Plusieurs études ont examiné l’effet des applications de fongicides foliaires sur la suppression de la tache goudronneuse et la rentabilité des applications à différents stades phénologiques du maïs. Les études suggèrent que les fongicides foliaires aident souvent à réduire les symptômes de la tache foliaire, mais n’ont pas toujours un effet sur ni les rendements, ni la rentabilité selon la saison et le niveau de résistance de l’hybride. Malgré plusieurs études sur l’efficacité des fongicides foliaires à réduire les pertes dues à la tache goudronneuse du maïs, aucune étude n’a examiné l’effet sur les rendements et la rentabilité des applications de fongicides en fonction du stade phénologique au moment de l’infection initiale, ni la sévérité de la maladie au moment des applications – seulement la date de première observation et la sévérité en fin de saison (R5) ont été examiné.  Bien que les fongicides à multiples ingrédients ont un effet important sur les rendements et la rentabilité, leurs effets sur la santé humaine et animale, et la santé de l’environnement sont souvent très élevés. Une bonne gestion des fongicides foliaires est donc importante non seulement pour limiter leurs effets néfastes, mais aussi pour augmenter la rentabilité de la ferme. Cependant, pour y parvenir, une meilleure compréhension de l’effet des stades phénologiques au moment de l’infection initiale et la sévérité de la maladie au cours de la saison sont nécessaires, surtout dans un contexte de changements climatiques qui risque d’agrandir la distribution de maladies agricoles, la fréquence d’infections, et les pertes qui y sont associées. Des outils d’aide à la décision précis peuvent aider à mieux évaluer la nécessité, ou non, d’appliquer des fongicides foliaires pour le contrôle de maladies, limitant des applications non-justifiées. Vu l’importance de la tache goudronneuse du maïs sur les rendements, le développement de tels outils est nécessaire.

Objectifs

L’objectif général du projet est de développer des outils d’aide à la décision pour la gestion de la tache goudronneuse du maïs afin de favoriser l’utilisation raisonnée et justifiée des fongicides foliaires et d’outiller les producteurs dans un contexte de changements climatiques qui pourraient agrandir les zones agricoles atteints par la maladie et augmenter la fréquence et la sévérité de la maladie chez les producteurs.

Les objectifs spécifiques du projet sont:

1- Valider la corrélation de l’apparition des stromas de la tache goudronneuse, ainsi que la sévérité de la maladie, aux facteurs environnementaux;

2- Évaluer, adapter ou développer un modèle de prédiction du risque de développement de la tache goudronneuse pour le Québec selon des facteurs climatiques;

3- Évaluer, adapter ou développer un modèle de détection hâtive par imagerie multispectrale de la tache goudronneuse pour le Québec avec :

3.a Évaluer et surveiller par imagerie multispectrale le développement de la tache goudronneuse en parcelles expérimentales contenant un hybride susceptible et un hybride moyennement résistant sous inoculation artificielle;

3.b Inoculer le maïs avec la tache goudronneuse à différents stades de croissance afin d’évaluer les modèles de surveillance selon le stade d’infection initiale;

3.c Évaluer et développer des modèles de détection par super-résolution afin d’améliorer l’exactitude de détection par imagerie multispectrale;

4- Évaluer l’efficacité et la rentabilité d’applications d’un fongicide foliaire selon le stade de développement du maïs et la sévérité de la tache goudronneuse.

Crédit photo : CÉROM

Porteur de projet : Tanya Copley
Collaborateur(s) externe(s) : Shangpeng Sun (Université McGill)
Source de financement : Programme Innovation bioalimentaire 2023-2028
Durée : 2026-2030
Culture : Maïs
Pays : Canada
Régions : Montérégie, Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, Laurentides
Statut : En cours

GALERIE PHOTOS

PROJETS

Le nématode à kystes du soja (Heterodera glycines, synonyme NKS) est le ravageur le plus nuisible du soya dans le monde, causant des pertes estimées de plus de 880 millions de dollars (USD) annuellement depuis 2015 dans le nord des États-Unis et en Ontario (Crop Protection Network). La gestion du NKS se fait par la rotation des cultures avec des plantes non hôtes et l’utilisation de variétés de soja résistantes. Actuellement, environ 95 % des variétés résistantes contiennent une seule source de résistance provenant de PI 88788. En raison de la surexploitation de cette source, la résistance se dégrade aux États-Unis, ainsi que dans plusieurs champs en Ontario et au Québec. En conséquence, il est urgent de développer des variétés avec des sources de résistance alternatives afin de fournir aux producteurs canadiens des options alternatives pour prévenir l'effondrement de la résistance. Ce projet vise à développer de nouvelles variétés de soya à courte saison (MG 0 à MG 000) portant la résistance provenant de neuf nouvelles sources de résistance, et à confirmer leur résistance aux types Hg 0 et Hg 2.5.7 du NKS. Ces types Hg sont actuellement les types Hg prédominants au Canada, et le développement de nouvelles variétés résistantes à ces types Hg offrira donc aux producteurs de soya canadiens des sources de résistance alternatives au PI 88788 et contribuera à maintenir l'efficacité des variétés de soya résistantes. Pour développer les variétés, la prédiction génomique sera utilisée pour prédire les meilleurs croisements. Les croisements subiront ensuite une sélection assistée par marqueurs pour éliminer les lignées non résistantes, et les lignées avancées présentant des traits agronomiquement supérieurs seront soumises à un phénotypage contre les deux types Hg.
La résistance aux herbicides est devenue un problème majeur pour les producteurs de soya au Québec, surtout en Montérégie. Deux mauvaises herbes sont particulièrement préoccupantes : la petite herbe à poux, très compétitive, et le maïs spontané, qui pousse après la récolte et cause d’importantes pertes de rendement. Comme ces mauvaises herbes sont de plus en plus difficiles à contrôler, les producteurs doivent souvent utiliser davantage d’herbicides, ce qui augmente les coûts et la pression sur l’environnement. Ce projet vise à tester une nouvelle approche : utiliser des drones et l’intelligence artificielle pour repérer précisément les mauvaises herbes dans les champs, puis appliquer les herbicides seulement où c’est nécessaire. À l’aide d’images aériennes, un algorithme sera entraîné pour reconnaître automatiquement les foyers d’herbe à poux et de maïs spontané. Ces informations permettront de créer une carte de prescription qui guidera un pulvérisateur pour effectuer des traitements localisés. Les essais auront lieu sur quatre fermes en Montérégie durant trois ans. Le projet mesurera la précision de l’algorithme, la qualité du contrôle des mauvaises herbes, la réduction de la quantité d’herbicide utilisée, l’effet sur le rendement du soya et les économies possibles pour les producteurs. En somme, le projet cherche à démontrer qu’il est possible de réduire les pesticides tout en maintenant de bons rendements, grâce à l'utilisation des cartes de prescription.
Le ver-gris occidental du haricot (VGOH) est un papillon dont les larves s'attaquent principalement aux cultures de maïs (grain, ensilage et sucré). Il est difficile de lutter contre cet insecte puisque les larves (des chenilles) s'attaquent aux épis et que peu de méthodes sont actuellement disponibles. Les trichogrammes sont des micro-guêpes qui peuvent parasiter les œufs de plusieurs espèces de papillons ravageurs. Ils sont utilisés comme agents de lutte biologique dans plusieurs cultures fruitières et maraîchères, ainsi qu’en foresterie. Au cours des dernières années, nous avons démontré que les trichogrammes peuvent parasiter les œufs de VGOH. Dans certaines cultures, des trichocartes sont utilisées pour effectuer la lutte biologique. Mais l'utilisation de trichocartes n'est pas une méthode viable pour de grandes superficie. Les drones sont une technologie innovante pour faire de l'épandage de trichogrammes dans les champs. Cette méthode a déja été testée pour lutter contre la pyrale du maïs. Le projet vise donc à tester différentes méthodes d'épandage (en vrac ou en capsules) pour évaluer si cette technologie est efficace et rentable pour contrôler le VGOH. les populations de ver-gris occidental du haricot (VGOH) (Lepidoptera : Noctuidae). Des masses d’œufs avaient été collectées dans différents champs de la province pour déterminer s’il existe un parasitisme naturel et si oui, par quelle(s) espèce(s). Des essais préliminaires avaient également été réalisés en champ en effectuant des lâchers inondatifs de trichogrammes à l’aide de trichocartes sur de petites superficies. Les résultats avaient montré que les masses d’œufs peuvent être parasitées par diverses espèces de trichogrammes, mais naturellement c’est l’espèce T. minutum qui semble être la meilleure candidate pour contrôler le VGOH puisque quasiment 100% des masses d’œufs de VGOH étaient parasitées par cette espèce (Saguez, 2024). Bien que les trichogrammes soient efficaces contre les œufs de VGOH, il serait peu réaliste d’installer manuellement des trichocartes sur de grandes superficies de maïs grain ou ensilage ni même dans du maïs sucré destiné à la transformation. Il existe d’autres méthodes qui peuvent être envisagées pour les grands champs, parmi lesquelles la dispersion des trichogrammes par avion, à l’aide de drones (dispersion en vrac ou via des capsules) ou en utilisant des pulvérisateurs. Des études récentes ont été menées au Québec sur la pyrale du maïs et la tordeuse des bourgeons de l’épinette, avec l’utilisation de drone pour libérer des trichogrammes (Martel et al. 2021). Les résultats de ces travaux ont montré un parasitisme plus élevé des masses d’œufs de pyrale et de tordeuse dans les zones traitées par drone que dans les zones témoin. Cette étude a également montré que la synchronisation de l’épandage et le temps d’exposition des œufs sont des facteurs clefs dans le succès de la méthode. Une autre étude a également été effectuée par l’Université Laval à l’aide d’un pulvérisateur installé sur un véhicule tout terrain (Dionne, 2019). En 2021, un épandage par drone de trichogrammes en vrac sur vermiculite avait été réalisé dans deux champs et les résultats avaient indiqué une réduction des dommages liés au VGOH dans les sections traitées avec des trichogrammes comparativement au témoin (Saguez, non publié). Le présent projet qui s’est déroulé au cours des saisons 2022 à 2024 visait à confirmer l’efficacité des différentes méthodes d’épandage de trichogrammes pour le contrôle du VGOH.
épis de blé
Les maladies foliaires peuvent engendrer des pertes de rendement significatives pour les producteurs de blé, se traduisant par des pertes de rendement annuelles entre 5 % et 44 %. La méthode la plus fréquente pour réduire les pertes associées aux maladies foliaires du blé est l’utilisation de fongicides foliaires. Selon des données de l’Allemagne, l’utilisation de fongicides foliaires peut réduire les pertes de rendement associées aux maladies foliaires de 12 %. Par contre, l’utilisation non justifiée de fongicides foliaires représente non seulement des coûts non négligeables pour les producteurs, mais aussi potentiellement des effets néfastes pour l’environnement, la santé humaine et des animaux, et éventuellement l’efficacité des fongicides foliaires via le développement de résistance aux fongicides. L’utilisation raisonnable et durable des fongicides foliaires est donc nécessaire, surtout dans un contexte où les changements climatiques risquent d’augmenter la fréquence des épidémies, de précipiter l’arrivée de maladies, ou d’en introduire de nouvelles au Québec. La lutte intégrée des ennemies de culture et l’utilisation raisonnable et justifiée des fongicides foliaires sont donc des pratiques obligatoires faces aux changements climatiques afin d’assurer une production durable et rentable pour les producteurs. L’utilisation de cultivars résistants est souvent considérée comme la première ligne de défense contre les maladies, en plus de représenter un moyen rentable et durable pour combattre les maladies agricoles, et plusieurs études démontrent que les pertes de rendement sont hautement corrélées avec le niveau de résistance d’un cultivar, avec moins de pertes quand un cultivar résistant est utilisé . Le seuil de control, c’est-à-dire le niveau d’infection dont une application de fongicide foliaire est efficace, rentable et justifiable, peut varier selon le stade d’infection, la maladie, et le niveau de résistance d’un cultivar. Bien que les seuils d’intervention actuels au Québec soient basés sur un seuil de 5 % de la feuille étendard ou les feuilles du haut, les applications systématiques à certains stades phénologiques demeurent une pratique courante. Klocke et al. (2023) ont démontré qu’une intervention de « situation », basée sur le niveau de résistance d’un cultivar contre différentes maladies et l’utilisation d’un cultivar multirésistant peut réduire l’indice de fréquence des traitements de fongicides foliaires par 80 %, comparé à des applications basées sur le stade du cultivar sans prendre en compte le niveau de résistance ou la sévérité de la maladie. Ce projet vise à démontrer que les seuils d’intervention recommandés sont fiables et que les applications de fongicides foliaires ne sont justifiées que lorsque ces seuils sont atteints et si les conditions météorologiques favoriseront le développement continue de la maladie. Le but du projet est de comparer l'efficacité relative de l'utilisation de la résistance génétique pour lutter contre les maladies afin de réduire l'utilisation des pesticides dans le blé.

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