Régie des cultures, Technologie numérique et agriculture de précision
Fertilisation

Délimitation de zones de gestion de l’azote via des essais pluriannuels assistés par l’agriculture de précision

Résumé vulgarisé

En collaboration avec le Groupe PleineTerre, le CEROM mène un projet visant l’optimisation de la fertilisation azotée du maïs-grain grâce à l’agriculture de précision. Des essais aux champs seront menés en conditions réelles des entreprises agricoles en utilisant des épandeurs à taux variables et des capteurs de rendement. La plateforme DIFM analysera les cartes d’application et de rendement pour calculer la dose optimale économique, afin d’identifier des zones à faible, moyen ou fort besoin en azote. Ces zones seront ensuite caractérisées par des profils de sol, des analyses chimiques (texture, pH, nutriments, nitrates) et des tests de « bobettes » en coton comme indice d’activité microbienne. Sur quatre ans, la stabilité temporelle et spatiale des cartes sera évaluée par des méthodes géostatistiques rigoureuses.

Crédit photo : CÉROM

Résumé scientifique

Le projet « Délimitation de zones de gestion de l’azote via des essais pluriannuels assistés par l’agriculture de précision » évaluera, sur 16 champs de grandes cultures conventionnelles au Québec (2026-2029), la stabilité spatio-temporelle des besoins azotés du maïs-grain en rotation maïs-soya, en utilisant la plateforme DIFM (Data-Intensive Farm Management). Dans des essais à l’échelle-champ, cinq doses N (0, 50, 100, 150, 200 kg/ha) seront appliquées en post-levée selon des cartes de prescription DIFM, transférées aux épandeurs à taux variable.  En utilisant les capteurs de rendement calibrés, les cartes d’application réelle d’azote et de rendement, et en intégrant le prix de vente du maïs et le coût des engrais, des cartes de doses optimales économiques (DOE) seront générées afin de délimiter les zones de réponse (faible, moyenne, élevée). Celles-ci seront par la suite caractérisées par profils pédologiques, analyses chimiques (texture, pH, MO, nutriments, NO₃⁻) et tests de décomposition de bobettes (activité microbienne). La reproductibilité interannuelle (années 1-3 vs 3-4) sera évaluée par des analyses géostatistiques performantes, visant à valider les cartes de prescription azotée à taux variable. les résultats de ce projet permettront d’optimiser la rentabilité de la culture du maïs-grain en appliquant les bonnes DOE et en minimisant les émissions de protoxyde d’azote.

Objectifs

Objectif général
Optimiser l’utilisation de l’agriculture de précision dans les pratiques agroenvironnementales en conditions réelles des entreprises de grandes cultures au Québec

Objectifs spécifiques

  • Comparer les réponses du maïs à l’azote dans un même champ entre deux années de production, en rotation maïs-soya.

  • Déterminer la similitude des cartes de réponses à l’azote des cultures entre les années de production.

  • Comparer la rentabilité d’une application azotée à taux variable à celle d’une application uniforme pour un même champ.

Ces objectifs contribuent à accélérer l’adoption des meilleures pratiques agroenvironnementales en gestion des matières fertilisantes.

Crédit photo : CÉROM

Porteur de projet : Dalel Abdi
Collaborateur(s) interne(s) : Marie Bipfubusa
Collaborateur(s) externe(s) : Gabriel Deslauriers et Éric Thibault, Groupe PleineTerre inc.; Karem Chokmani, INRS; Bruce Gélinas, MAPAQ - Mauricie; David Bullock, University of Illinois
Source de financement : Programme Innovation bioalimentaire 2023‑2028 (PIB) du MAPAQ, Volet 2 – Recherche appliquée, développement expérimental et adaptation technologique, sous la priorité 25 « Optimiser l’utilisation de l’agriculture de précision au niveau des pratiques environnementales »; Groupe PleineTerre inc.
Durée : 2026-2029 (4 saisons)
Culture : Maïs, Soya
Statut : En cours

PROJETS

La résistance aux herbicides est devenue un problème majeur pour les producteurs de soya au Québec, surtout en Montérégie. Deux mauvaises herbes sont particulièrement préoccupantes : la petite herbe à poux, très compétitive, et le maïs spontané, qui pousse après la récolte et cause d’importantes pertes de rendement. Comme ces mauvaises herbes sont de plus en plus difficiles à contrôler, les producteurs doivent souvent utiliser davantage d’herbicides, ce qui augmente les coûts et la pression sur l’environnement. Ce projet vise à tester une nouvelle approche : utiliser des drones et l’intelligence artificielle pour repérer précisément les mauvaises herbes dans les champs, puis appliquer les herbicides seulement où c’est nécessaire. À l’aide d’images aériennes, un algorithme sera entraîné pour reconnaître automatiquement les foyers d’herbe à poux et de maïs spontané. Ces informations permettront de créer une carte de prescription qui guidera un pulvérisateur pour effectuer des traitements localisés. Les essais auront lieu sur quatre fermes en Montérégie durant trois ans. Le projet mesurera la précision de l’algorithme, la qualité du contrôle des mauvaises herbes, la réduction de la quantité d’herbicide utilisée, l’effet sur le rendement du soya et les économies possibles pour les producteurs. En somme, le projet cherche à démontrer qu’il est possible de réduire les pesticides tout en maintenant de bons rendements, grâce à l'utilisation des cartes de prescription.
L’utilisation d’hybrides performants, adaptées à l’environnement de la production biologique (maladies, ravageurs, mauvaises herbes, etc.) et aux conditions météorologiques extrêmes associées de plus en plus aux changements climatiques, et dont les critères de qualité correspondent aux exigences des acheteurs est un des éléments clés de la réussite du secteur de la production du maïs sucré en général, et celui destiné à la transformation en particulier. Or, les cultivars de maïs sucré de transformation présentement utilisés en régie biologique par l’industrie ont été généralement approuvés à la suite des évaluations sous régie conventionnelle, et peuvent donc performer différemment en régie biologique. Par ailleurs, bien que les différentes compagnies semencières réalisent leurs propres essais, les producteurs peuvent difficilement comparer des hybrides évalués dans le cadre d’essais différents. Il est donc primordial de mener des essais d’hybrides rigoureux afin d’identifier les cultivars de maïs sucré de transformation les mieux adaptés aux conditions environnementales souvent adverses en régie biologique. Afin de combler le manque d’informations sur la performance des cultivars en mode de production biologique, un projet d’essais variétaux a été initié en 2022 au CÉROM en Montérégie, l’une des principales régions productrices de maïs biologique au Québec. L’objectif est d’identifier des cultivars de maïs sucré de transformation adaptés aux stress environnementaux, incluant les maladies, les ravageurs et les conditions climatiques extrêmes. L’identification de cultivars mieux adaptés permettra d'améliorer les rendements, assurer la rentabilité des entreprises et répondre à la demande croissante pour des produits issus de l’agriculture biologique.
Le projet se concentre sur l’évaluation à long terme des pratiques agricoles au Québec, telles que le travail du sol, la rotation des cultures et la gestion des résidus, qui influencent les stocks de carbone (C) et la dynamique de l’azote (N). Ces pratiques ont un impact significatif sur l'environnement, particulièrement dans le contexte du changement climatique. L'objectif est d'aider les producteurs et conseillers à choisir les meilleures pratiques permettant de mieux gérer l'azote et le carbone, afin de réduire leur empreinte environnementale. L'évaluation se base sur des dispositifs expérimentaux de longue durée (15 et 32 ans) implantés dans différentes zones pédoclimatiques, avec des systèmes de production variés. Le projet mesurera les stocks de carbone organique total, d'azote total et d’autres fractions de carbone organique dans différentes profondeurs du sol, et analysera leur dynamique. Les taux d'accumulation du carbone organique seront évalués à l'aide de différentes méthodes, et la minéralisation de l'azote ainsi que la respiration microbienne seront mesurées par des essais d'incubation. Les données sur les rendements des cultures et les coûts de production seront collectées annuellement, et la rentabilité des pratiques sera évaluée à la fin du projet. Les résultats attendus incluent l'identification des pratiques agricoles favorisant le stockage du carbone et de l'azote, la modélisation biogéochimique du potentiel de séquestration du carbone, ainsi que l'intégration de ces données dans un logiciel de bilan humique. Ces résultats aideront à promouvoir les bonnes pratiques agricoles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Le ver-gris occidental du haricot (VGOH) est un papillon dont les larves s'attaquent principalement aux cultures de maïs (grain, ensilage et sucré). Il est difficile de lutter contre cet insecte puisque les larves (des chenilles) s'attaquent aux épis et que peu de méthodes sont actuellement disponibles. Les trichogrammes sont des micro-guêpes qui peuvent parasiter les œufs de plusieurs espèces de papillons ravageurs. Ils sont utilisés comme agents de lutte biologique dans plusieurs cultures fruitières et maraîchères, ainsi qu’en foresterie. Au cours des dernières années, nous avons démontré que les trichogrammes peuvent parasiter les œufs de VGOH. Dans certaines cultures, des trichocartes sont utilisées pour effectuer la lutte biologique. Mais l'utilisation de trichocartes n'est pas une méthode viable pour de grandes superficie. Les drones sont une technologie innovante pour faire de l'épandage de trichogrammes dans les champs. Cette méthode a déja été testée pour lutter contre la pyrale du maïs. Le projet vise donc à tester différentes méthodes d'épandage (en vrac ou en capsules) pour évaluer si cette technologie est efficace et rentable pour contrôler le VGOH. les populations de ver-gris occidental du haricot (VGOH) (Lepidoptera : Noctuidae). Des masses d’œufs avaient été collectées dans différents champs de la province pour déterminer s’il existe un parasitisme naturel et si oui, par quelle(s) espèce(s). Des essais préliminaires avaient également été réalisés en champ en effectuant des lâchers inondatifs de trichogrammes à l’aide de trichocartes sur de petites superficies. Les résultats avaient montré que les masses d’œufs peuvent être parasitées par diverses espèces de trichogrammes, mais naturellement c’est l’espèce T. minutum qui semble être la meilleure candidate pour contrôler le VGOH puisque quasiment 100% des masses d’œufs de VGOH étaient parasitées par cette espèce (Saguez, 2024). Bien que les trichogrammes soient efficaces contre les œufs de VGOH, il serait peu réaliste d’installer manuellement des trichocartes sur de grandes superficies de maïs grain ou ensilage ni même dans du maïs sucré destiné à la transformation. Il existe d’autres méthodes qui peuvent être envisagées pour les grands champs, parmi lesquelles la dispersion des trichogrammes par avion, à l’aide de drones (dispersion en vrac ou via des capsules) ou en utilisant des pulvérisateurs. Des études récentes ont été menées au Québec sur la pyrale du maïs et la tordeuse des bourgeons de l’épinette, avec l’utilisation de drone pour libérer des trichogrammes (Martel et al. 2021). Les résultats de ces travaux ont montré un parasitisme plus élevé des masses d’œufs de pyrale et de tordeuse dans les zones traitées par drone que dans les zones témoin. Cette étude a également montré que la synchronisation de l’épandage et le temps d’exposition des œufs sont des facteurs clefs dans le succès de la méthode. Une autre étude a également été effectuée par l’Université Laval à l’aide d’un pulvérisateur installé sur un véhicule tout terrain (Dionne, 2019). En 2021, un épandage par drone de trichogrammes en vrac sur vermiculite avait été réalisé dans deux champs et les résultats avaient indiqué une réduction des dommages liés au VGOH dans les sections traitées avec des trichogrammes comparativement au témoin (Saguez, non publié). Le présent projet qui s’est déroulé au cours des saisons 2022 à 2024 visait à confirmer l’efficacité des différentes méthodes d’épandage de trichogrammes pour le contrôle du VGOH.

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