Phytoprotection
Malherbologie

Dépistage des mauvaises herbes collectées lors du lavage de la batteuse

Résumé vulgarisé

En grandes cultures, la batteuse est l’équipement qui présente le plus grand risque de propagation des mauvaises herbes, particulièrement de celles qui conservent leurs graines au-delà du temps de la récolte, telles que les amarantes, le chénopode et la petite herbe à poux. Le nettoyage physique de la batteuse est une solution très efficace pour éviter la propagation des graines des mauvaises herbes. Néanmoins, malgré l’existence des protocoles rapides pour le nettoyage des batteuses, cette pratique est encore rarement adoptée. Le but principal du projet est de sensibiliser les producteurs agricoles de l’importance du nettoyage de la batteuse comme un axe principal de la lutte intégrée, qui permettra la diminution de création de nouveaux foyers des mauvaises herbes, incluant celles résistantes aux herbicides. Pour ce faire, nous avons réalisé le nettoyage d’une batteuse usagée, afin de documenter la quantité des débris collectés par chacune des parties de la batteuse, quantifier et identifier des graines viables des mauvaises herbes et déterminer la présence des espèces résistantes aux herbicides.

Crédit photo : Sandra Flores-Mejia

Résumé scientifique

Dans les dernières années, la machinerie agricole a été identifiée comme l’un des vecteurs importants des ennemis des cultures, dont particulièrement les mauvaises herbes. En grandes cultures, la batteuse est l’équipement le plus à risque de les propager, car elle peut contenir plus de 90 kg de matières organiques même après un fonctionnement à vide. La seule façon efficace d’éviter la contamination consiste au nettoyage physique de celle-ci. D’ailleurs, les batteuses usagées provenant des États-Unis ont été le mode d’introduction de l’amarante tuberculée au Québec, une mauvaise herbe très problématique à cause de son cycle de vie et à cause de la présence de la résistance multiple aux herbicides. Malgré les efforts pour promouvoir la biosécurité comme l’un des axes principaux de la lutte intégrée, le nettoyage des batteuses circulant respectivement entre les champs et les différentes entreprises demeure une pratique peu réalisée.

Objectifs

Le but du présent projet de recherche est de :

  • Réaliser un nettoyage complet d’une batteuse usagée récemment acquise par un producteur.
  • Peser et de documenter tous les déchets végétaux obtenus lors du lavage des différentes parties de la batteuse.
  • Nettoyer les échantillons afin d’obtenir seulement des graines des mauvaises herbes.
  • Compléter deux cycles de stratification et germination des graines des mauvaises herbes collectées par chacune des parties de la batteuse afin d’identifier et quantifier les espèces présentes.
  • Déterminer la présence des mauvaises herbes résistantes aux herbicides parmi les espèces présentes.

Un tel projet n’a jamais été réalisé au Québec. Il permettra de souligner l’importance de l’adoption des mesures de biosécurité à la ferme, notamment le nettoyage de la batteuse, comme étant la pierre angulaire de la lutte contre les

Germination des graines des MH
Germination des graines des MH récoltées lors du nettoyage d’une batteuse

Les principaux résultats sont présentés dans le document: Le nettoyage d’une batteuse, c’est important!

Crédit photo : Sandra Flores-Mejia

Domaine : Phytoprotection
Spécialité : Malherbologie
Porteur de projet : Sandra Flores-Mejia
Collaborateur(s) externe(s) : Stéphanie Mathieu (MAPAQ), Josée Tremblay (MAPAQ), Karyl Apollon (MAPAQ), Amélie Picard (LEDP-MAPAQ), Annie Marcoux (LEDP-MAPAQ) et David Girardville (Club agroenvironnemental du Suroît).
Source de financement : RAP-recherche
Durée : 2023-2024
Culture : Soya, Maïs, Blé
Statut : Terminé

GALERIE PHOTOS

PROJETS

Le ver-gris occidental du haricot (VGOH) est un papillon dont les larves s'attaquent principalement aux cultures de maïs (grain, ensilage et sucré). Il est difficile de lutter contre cet insecte puisque les larves (des chenilles) s'attaquent aux épis et que peu de méthodes sont actuellement disponibles. Les trichogrammes sont des micro-guêpes qui peuvent parasiter les œufs de plusieurs espèces de papillons ravageurs. Ils sont utilisés comme agents de lutte biologique dans plusieurs cultures fruitières et maraîchères, ainsi qu’en foresterie. Au cours des dernières années, nous avons démontré que les trichogrammes peuvent parasiter les œufs de VGOH. Dans certaines cultures, des trichocartes sont utilisées pour effectuer la lutte biologique. Mais l'utilisation de trichocartes n'est pas une méthode viable pour de grandes superficie. Les drones sont une technologie innovante pour faire de l'épandage de trichogrammes dans les champs. Cette méthode a déja été testée pour lutter contre la pyrale du maïs. Le projet vise donc à tester différentes méthodes d'épandage (en vrac ou en capsules) pour évaluer si cette technologie est efficace et rentable pour contrôler le VGOH. les populations de ver-gris occidental du haricot (VGOH) (Lepidoptera : Noctuidae). Des masses d’œufs avaient été collectées dans différents champs de la province pour déterminer s’il existe un parasitisme naturel et si oui, par quelle(s) espèce(s). Des essais préliminaires avaient également été réalisés en champ en effectuant des lâchers inondatifs de trichogrammes à l’aide de trichocartes sur de petites superficies. Les résultats avaient montré que les masses d’œufs peuvent être parasitées par diverses espèces de trichogrammes, mais naturellement c’est l’espèce T. minutum qui semble être la meilleure candidate pour contrôler le VGOH puisque quasiment 100% des masses d’œufs de VGOH étaient parasitées par cette espèce (Saguez, 2024). Bien que les trichogrammes soient efficaces contre les œufs de VGOH, il serait peu réaliste d’installer manuellement des trichocartes sur de grandes superficies de maïs grain ou ensilage ni même dans du maïs sucré destiné à la transformation. Il existe d’autres méthodes qui peuvent être envisagées pour les grands champs, parmi lesquelles la dispersion des trichogrammes par avion, à l’aide de drones (dispersion en vrac ou via des capsules) ou en utilisant des pulvérisateurs. Des études récentes ont été menées au Québec sur la pyrale du maïs et la tordeuse des bourgeons de l’épinette, avec l’utilisation de drone pour libérer des trichogrammes (Martel et al. 2021). Les résultats de ces travaux ont montré un parasitisme plus élevé des masses d’œufs de pyrale et de tordeuse dans les zones traitées par drone que dans les zones témoin. Cette étude a également montré que la synchronisation de l’épandage et le temps d’exposition des œufs sont des facteurs clefs dans le succès de la méthode. Une autre étude a également été effectuée par l’Université Laval à l’aide d’un pulvérisateur installé sur un véhicule tout terrain (Dionne, 2019). En 2021, un épandage par drone de trichogrammes en vrac sur vermiculite avait été réalisé dans deux champs et les résultats avaient indiqué une réduction des dommages liés au VGOH dans les sections traitées avec des trichogrammes comparativement au témoin (Saguez, non publié). Le présent projet qui s’est déroulé au cours des saisons 2022 à 2024 visait à confirmer l’efficacité des différentes méthodes d’épandage de trichogrammes pour le contrôle du VGOH.
Piège-fosse à phéromone pour taupins
épis de blé
Les maladies foliaires peuvent engendrer des pertes de rendement significatives pour les producteurs de blé, se traduisant par des pertes de rendement annuelles entre 5 % et 44 %. La méthode la plus fréquente pour réduire les pertes associées aux maladies foliaires du blé est l’utilisation de fongicides foliaires. Selon des données de l’Allemagne, l’utilisation de fongicides foliaires peut réduire les pertes de rendement associées aux maladies foliaires de 12 %. Par contre, l’utilisation non justifiée de fongicides foliaires représente non seulement des coûts non négligeables pour les producteurs, mais aussi potentiellement des effets néfastes pour l’environnement, la santé humaine et des animaux, et éventuellement l’efficacité des fongicides foliaires via le développement de résistance aux fongicides. L’utilisation raisonnable et durable des fongicides foliaires est donc nécessaire, surtout dans un contexte où les changements climatiques risquent d’augmenter la fréquence des épidémies, de précipiter l’arrivée de maladies, ou d’en introduire de nouvelles au Québec. La lutte intégrée des ennemies de culture et l’utilisation raisonnable et justifiée des fongicides foliaires sont donc des pratiques obligatoires faces aux changements climatiques afin d’assurer une production durable et rentable pour les producteurs. L’utilisation de cultivars résistants est souvent considérée comme la première ligne de défense contre les maladies, en plus de représenter un moyen rentable et durable pour combattre les maladies agricoles, et plusieurs études démontrent que les pertes de rendement sont hautement corrélées avec le niveau de résistance d’un cultivar, avec moins de pertes quand un cultivar résistant est utilisé . Le seuil de control, c’est-à-dire le niveau d’infection dont une application de fongicide foliaire est efficace, rentable et justifiable, peut varier selon le stade d’infection, la maladie, et le niveau de résistance d’un cultivar. Bien que les seuils d’intervention actuels au Québec soient basés sur un seuil de 5 % de la feuille étendard ou les feuilles du haut, les applications systématiques à certains stades phénologiques demeurent une pratique courante. Klocke et al. (2023) ont démontré qu’une intervention de « situation », basée sur le niveau de résistance d’un cultivar contre différentes maladies et l’utilisation d’un cultivar multirésistant peut réduire l’indice de fréquence des traitements de fongicides foliaires par 80 %, comparé à des applications basées sur le stade du cultivar sans prendre en compte le niveau de résistance ou la sévérité de la maladie. Ce projet vise à démontrer que les seuils d’intervention recommandés sont fiables et que les applications de fongicides foliaires ne sont justifiées que lorsque ces seuils sont atteints et si les conditions météorologiques favoriseront le développement continue de la maladie. Le but du projet est de comparer l'efficacité relative de l'utilisation de la résistance génétique pour lutter contre les maladies afin de réduire l'utilisation des pesticides dans le blé.

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