Phytoprotection
Entomologie

Optimiser le patron de dépistage des ravageurs des semis dans les grandes cultures en fonction des superficies et des caractéristiques des champs

Résumé vulgarisé

Le dépistage des ravageurs des semis, principalement les vers fil-de-fer (VFF), est basé sur l’utilisation de pièges-appâts installés au printemps. L’activité des insectes de sol peut varier selon la température, l’humidité et le type de sol et pourrait influencer l’efficacité des pièges. Le nombre de pièges, 10 par champ, est utilisé de façon systématique dans plusieurs projets de recherche sur la planète. Toutefois, ce chiffre est plutôt intuitif et est utilisé du fait du coût important du dépistage. Trois objectifs sont visés par ce projet : 1 – Vérifier la distribution spatiale des vers fil-de-fer à l’intérieur des champs; 2 – Valider le nombre minimal de pièges-appâts nécessaires pour déterminer si le seuil d’intervention est atteint et; 3 – Vérifier l’impact de l’humidité du sol, selon le type de sol, sur la migration des vers fil-de-fer au printemps.

Crédit photo : CÉROM

Résumé scientifique

Les dépistages effectués au cours des dernières années dans différentes régions du Québec ont montré que les larves de taupins (Coleoptera : Elateridae), ou vers fil-de-fer (VFF), étaient les ravageurs des semis les plus fréquents et abondants dans les champs de grandes cultures. De ce fait, ils constituent donc le groupe de ravageurs le plus susceptible de poser un risque pour les semis, notamment lors de la germination. Le dépistage des VFF s’effectue généralement au printemps à l’aide de pièges-appâts. Selon différentes études réalisées à travers le monde et au Québec (Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) Grandes cultures 2018), il est suggéré d’utiliser dix pièges par champ pour évaluer et surveiller les populations de VFF. Le RAP, ainsi que de nombreux projets de recherche, utilisent de façon systématique ce nombre de 10 pièges par champ. Toutefois, ce chiffre est empirique et est utilisé du fait du coût important du piégeage. La distribution spatiale des VFF au champ peut avoir un impact sur la précision de l’estimation de la densité de population, et donc, sur le risque d’observer des dommages. Cela peut aussi avoir un impact sur les décisions à prendre dans le cadre d’une bonne gestion intégrée de ces ravageurs des semis. Une meilleure connaissance de la distribution spatiale de l’espèce principale au Québec, le taupin trapu (Hypnoidus abbreviatus; HyAb) permettrait donc d’optimiser le dépistage et de s’assurer d’une fiabilité maximale du piégeage.

Les résultats de cette étude ont montré que la distribution spatiale des larves de HyAb était agrégée lorsque les densités de populations étaient élevées (supérieures à ≈ 0,35-0,40 larve/piège), mais qu’elle devenait aléatoire à des densités plus faibles. Les résultats ont également montré que la précision de l’estimation de la densité moyenne d’une population augmentait avec (i) le nombre de pièges, (ii) la densité de population et (iii) la proportion de pièges avec présence de larves. La présence d’un gradient de population a été détectée dans près de la moitié des relevés, ce qui peut entraîner des estimations de population très différentes dépendamment de la position des pièges dans le champ (haut vs bas du gradient). Par ailleurs, les résultats ont montré que la corrélation spatiale ne dépassait pas 25 m dans les neuf champs dépistés en 2017 et 2018. Finalement, un modèle permettant de déterminer le nombre de pièges nécessaire pour estimer une densité de population avec un niveau de précision donné a été développé.

Au terme de cette étude, il semblerait que l’espacement de 25 m entre les pièges-appâts actuellement utilisé par le RAP dans le cadre du dépistage des VFF soit suffisant pour assurer l’indépendance spatiale entre les pièges, et ainsi éviter un biais dans l’estimation des densités de population de HyAb. En revanche, le nombre de pièges utilisé (10 pièges) serait légèrement insuffisant pour détecter une densité de population de 3 larves/piège (seuil d’intervention pour HyAb) avec une précision suffisante. Il serait recommandé d’augmenter à 12 le nombre de pièges par site, afin d’obtenir une estimation plus précise. De plus, pour les champs n’ayant aucun historique de dépistage, il serait préférable d’effectuer un premier dépistage avec 20 pièges, de manière à pouvoir détecter des niveaux de population relativement bas. Finalement, pour éviter un éventuel biais lié à la présence d’un gradient de population, il serait recommandé d’utiliser deux grilles de six pièges en des endroits différents du champ.

Objectifs

L’objectif général de l’étude était d’optimiser le piégeage des larves de Hypnoidus abbreviatus (HyAb) dans les grandes cultures au Québec en déterminant:

  1. Le patron de distribution des populations de larves de HyAb dans les champs
  2. Le nombre de pièges-appâts nécessaires pour déterminer si le seuil d’intervention est atteint
  3. L’impact de l’humidité du sol, de la température et du type de sol sur la migration des larves de HyAb.

Crédit photo : CÉROM

Domaine : Phytoprotection
Spécialité : Entomologie
Porteur de projet : Sébastien Boquel
Collaborateur(s) externe(s) : Geneviève Labrie (CÉROM)
Source de financement : Programme Prime-Vert – Volet 4
Durée : 2017 – 2019
Culture : Maïs
Pays : Canada
Régions : Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, Montérégie Ouest, Montérégie Est
Statut : Terminé

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PROJETS

Le nématode à kystes du soja (Heterodera glycines, synonyme NKS) est le ravageur le plus nuisible du soya dans le monde, causant des pertes estimées de plus de 880 millions de dollars (USD) annuellement depuis 2015 dans le nord des États-Unis et en Ontario (Crop Protection Network). La gestion du NKS se fait par la rotation des cultures avec des plantes non hôtes et l’utilisation de variétés de soja résistantes. Actuellement, environ 95 % des variétés résistantes contiennent une seule source de résistance provenant de PI 88788. En raison de la surexploitation de cette source, la résistance se dégrade aux États-Unis, ainsi que dans plusieurs champs en Ontario et au Québec. En conséquence, il est urgent de développer des variétés avec des sources de résistance alternatives afin de fournir aux producteurs canadiens des options alternatives pour prévenir l'effondrement de la résistance. Ce projet vise à développer de nouvelles variétés de soya à courte saison (MG 0 à MG 000) portant la résistance provenant de neuf nouvelles sources de résistance, et à confirmer leur résistance aux types Hg 0 et Hg 2.5.7 du NKS. Ces types Hg sont actuellement les types Hg prédominants au Canada, et le développement de nouvelles variétés résistantes à ces types Hg offrira donc aux producteurs de soya canadiens des sources de résistance alternatives au PI 88788 et contribuera à maintenir l'efficacité des variétés de soya résistantes. Pour développer les variétés, la prédiction génomique sera utilisée pour prédire les meilleurs croisements. Les croisements subiront ensuite une sélection assistée par marqueurs pour éliminer les lignées non résistantes, et les lignées avancées présentant des traits agronomiquement supérieurs seront soumises à un phénotypage contre les deux types Hg.
La résistance aux herbicides est devenue un problème majeur pour les producteurs de soya au Québec, surtout en Montérégie. Deux mauvaises herbes sont particulièrement préoccupantes : la petite herbe à poux, très compétitive, et le maïs spontané, qui pousse après la récolte et cause d’importantes pertes de rendement. Comme ces mauvaises herbes sont de plus en plus difficiles à contrôler, les producteurs doivent souvent utiliser davantage d’herbicides, ce qui augmente les coûts et la pression sur l’environnement. Ce projet vise à tester une nouvelle approche : utiliser des drones et l’intelligence artificielle pour repérer précisément les mauvaises herbes dans les champs, puis appliquer les herbicides seulement où c’est nécessaire. À l’aide d’images aériennes, un algorithme sera entraîné pour reconnaître automatiquement les foyers d’herbe à poux et de maïs spontané. Ces informations permettront de créer une carte de prescription qui guidera un pulvérisateur pour effectuer des traitements localisés. Les essais auront lieu sur quatre fermes en Montérégie durant trois ans. Le projet mesurera la précision de l’algorithme, la qualité du contrôle des mauvaises herbes, la réduction de la quantité d’herbicide utilisée, l’effet sur le rendement du soya et les économies possibles pour les producteurs. En somme, le projet cherche à démontrer qu’il est possible de réduire les pesticides tout en maintenant de bons rendements, grâce à l'utilisation des cartes de prescription.
Le ver-gris occidental du haricot (VGOH) est un papillon dont les larves s'attaquent principalement aux cultures de maïs (grain, ensilage et sucré). Il est difficile de lutter contre cet insecte puisque les larves (des chenilles) s'attaquent aux épis et que peu de méthodes sont actuellement disponibles. Les trichogrammes sont des micro-guêpes qui peuvent parasiter les œufs de plusieurs espèces de papillons ravageurs. Ils sont utilisés comme agents de lutte biologique dans plusieurs cultures fruitières et maraîchères, ainsi qu’en foresterie. Au cours des dernières années, nous avons démontré que les trichogrammes peuvent parasiter les œufs de VGOH. Dans certaines cultures, des trichocartes sont utilisées pour effectuer la lutte biologique. Mais l'utilisation de trichocartes n'est pas une méthode viable pour de grandes superficie. Les drones sont une technologie innovante pour faire de l'épandage de trichogrammes dans les champs. Cette méthode a déja été testée pour lutter contre la pyrale du maïs. Le projet vise donc à tester différentes méthodes d'épandage (en vrac ou en capsules) pour évaluer si cette technologie est efficace et rentable pour contrôler le VGOH. les populations de ver-gris occidental du haricot (VGOH) (Lepidoptera : Noctuidae). Des masses d’œufs avaient été collectées dans différents champs de la province pour déterminer s’il existe un parasitisme naturel et si oui, par quelle(s) espèce(s). Des essais préliminaires avaient également été réalisés en champ en effectuant des lâchers inondatifs de trichogrammes à l’aide de trichocartes sur de petites superficies. Les résultats avaient montré que les masses d’œufs peuvent être parasitées par diverses espèces de trichogrammes, mais naturellement c’est l’espèce T. minutum qui semble être la meilleure candidate pour contrôler le VGOH puisque quasiment 100% des masses d’œufs de VGOH étaient parasitées par cette espèce (Saguez, 2024). Bien que les trichogrammes soient efficaces contre les œufs de VGOH, il serait peu réaliste d’installer manuellement des trichocartes sur de grandes superficies de maïs grain ou ensilage ni même dans du maïs sucré destiné à la transformation. Il existe d’autres méthodes qui peuvent être envisagées pour les grands champs, parmi lesquelles la dispersion des trichogrammes par avion, à l’aide de drones (dispersion en vrac ou via des capsules) ou en utilisant des pulvérisateurs. Des études récentes ont été menées au Québec sur la pyrale du maïs et la tordeuse des bourgeons de l’épinette, avec l’utilisation de drone pour libérer des trichogrammes (Martel et al. 2021). Les résultats de ces travaux ont montré un parasitisme plus élevé des masses d’œufs de pyrale et de tordeuse dans les zones traitées par drone que dans les zones témoin. Cette étude a également montré que la synchronisation de l’épandage et le temps d’exposition des œufs sont des facteurs clefs dans le succès de la méthode. Une autre étude a également été effectuée par l’Université Laval à l’aide d’un pulvérisateur installé sur un véhicule tout terrain (Dionne, 2019). En 2021, un épandage par drone de trichogrammes en vrac sur vermiculite avait été réalisé dans deux champs et les résultats avaient indiqué une réduction des dommages liés au VGOH dans les sections traitées avec des trichogrammes comparativement au témoin (Saguez, non publié). Le présent projet qui s’est déroulé au cours des saisons 2022 à 2024 visait à confirmer l’efficacité des différentes méthodes d’épandage de trichogrammes pour le contrôle du VGOH.

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