Phytoprotection
Entomologie

Améliorer la gestion intégrée du puceron du soya au Québec en développant une méthode de dépistage séquentiel et en validant la rentabilité des traitements insecticides

Résumé vulgarisé

Le puceron du soya est un ravageur bien connu des producteurs du Québec. Dans la plupart des cas, les ennemis naturels parviennent à maintenir les populations à des niveaux acceptables. Malgré tout, à chaque année, des champs sont traités aux insecticides suite à une grande quantité de ce ravageur. Toutefois, la rentabilité de ces traitements est incertaine car ceux-ci sont généralement faits trop tard en saison, souvent au moment où les populations de pucerons s’apprêtent à diminuer naturellement. De plus, l’impact du puceron du soya sur le rendement est encore trop peu documenté en conditions réelles en champ. Par ailleurs, les suivis des populations de pucerons sont longs et fatidieux et augmentent le risque d’intervenir trop tard en cas de dépassement du seuil. Une méthode de dépistage simplifiée développée aux États-Unis semble prometteuse, mais résulte souvent en de faux positifs. Le but du projet est d’améliorer les connaissances et la gestion intégrée du puceron du soya au Québec en développant et validant une méthode de dépistage séquentiel adaptée au Québec, de déterminer le moment opportun des traitements insecticides et d’en évaluer la rentabilité. Il vise aussi à étudier l’impact des traitements insecticides sur les populations d’ennemis naturels. Finalement, une trousse de gestion intégrée du puceron du soya sera élaborée afin d’outiller les producteurs et les conseillers agricoles.

Crédit photo : CÉROM

Résumé scientifique

Le puceron du soya (PS) est un ravageur bien connu des producteurs du Québec. Dans la plupart des cas, les ennemis naturels (EN) parviennent à maintenir les populations à des niveaux acceptables. Malgré tout, à chaque année, de nombreux champs atteignent le seuil de dommages économiques de 675 PS/plant et des traitements insecticides sont réalisés. Le nombre d’applications semble avoir augmenté au cours des dernières années, probablement en raison de l’arrivée plus hâtive des PS en début de saison qui leur permet d’atteindre des populations plus importantes plus tard en saison, lorsque le soya est plus vulnérable (stades R1 à R5). Toutefois, la rentabilité de ces traitements est incertaine car ceux-ci sont généralement faits trop tard en saison, souvent au moment où les populations de PS s’apprêtent à diminuer naturellement. De plus, l’impact du PS sur le rendement est encore trop peu documenté en conditions réelles en champ.

La stratégie d’intervention recommandée au Québec repose sur un suivi hebdomadaire des populations de PS pendant presque deux mois. Ces dépistages, qui nécessitent de compter tous les pucerons sur 20 à 30 plants par champ, sont cependant longs et fastidieux, ce qui limite le nombre de champs pouvant être suivis et augmente le risque d’intervenir trop tard en cas de dépassement du seuil. Une méthode de dépistage séquentiel binomial développée au États-Unis (Hodgson et al. 2004) a été testée en 2025 sur des données québécoises (Boquel et al., non publié). Cette méthode permet de déterminer le dépassement du seuil d’alerte (250 PS/plant) en se basant uniquement sur la proportion de plants infestés avec 40 PS/plant et plus plutôt que sur un décompte complet des PS. Bien que la méthode se soit avérée très efficace à détecter les dépassements du seuil d’alerte, elle était trop conservatrice, résultant en un nombre élevé de faux positifs (c.à.d. des prédictions de dépassement alors que les populations n’atteignent pas réellement le seuil d’alerte). Par ailleurs, comme la méthode a été développée pour détecter les dépassements du seuil d’alerte, elle ne permet pas de savoir si les populations dépassent aussi le seuil de dommage économique de 675 PS/plant.

Pour améliorer le pouvoir prédictif de la méthode, les données de dépistage du PS du RAP Grandes cultures seront utilisées pour développer deux nouveaux plans de dépistage séquentiel binomial, l’un pour détecter le dépassement du seuil d’alerte de 250 PS/plant, et l’autre pour détecter le dépassement du seuil de dommages économiques de 675 PS/plants. Le nouveau protocole de dépistage séquentiel sera simulé pour chaque date de dépistage jusqu’à l’obtention d’une prédiction (dépassement ou non du seuil d’alerte ou de dommages économiques) ou l’atteinte du nombre maximal de plants (30).

Une fois les nouvelles méthodes de dépistage séquentiel validées, un document sera rédigé afin d’expliquer leur utilisation. Un fichier de prise de donnée avec les règles de décision sera également élaboré pour que les dépisteurs puissent interpréter les résultats de leurs dépistages (dépassement ou non des seuils), ainsi que les actions à prendre (stopper le dépistage, redépister quelques jours plus tard, traitement à envisager, etc.).

Ensuite, des champs seront dépistés chaque année en Montérégie en utilisant la nouvelle méthode de dépistage séquentiel développée plus haut. Ces dépistages rapides permettront de sélectionner 10 champs qui dépasseront le seuil d’alerte de 250 PS/plant. Pour ces champs, un dépistage complet sera réalisé pour déterminer les abondances réelles de pucerons. Deux traitements insecticides seront réalisés durant la phase de croissance exponentielle des populations de PS, soit un traitement hâtif et un traitement tardif.  Les dépistages seront réalisés 1 à 3 jours avant et 1 à 3 jours après chacun des traitement, puis une fois par semaine pendant un maximum cinq semaines ou jusqu’au stade R6 du soya. Pour chaque plant, les pucerons et les ennemis naturels (coccinelles, cécidomyies, leucopis, syrphe, punaise prédatrice, pucerons momifiés, pucerons affectés par des champignons entomopathogènes) seront comptés. En fin de saison, une récolte manuelle et mécanique sera effectuée pour évaluer le rendement et ainsi juger de l’efficacité et de la rentabilité des traitements insecticides hâtif et tardif par rapport au contrôle naturel. Enfin, une analyse économique de l’utilisation du traitement insecticide sera faite pour chacun des sites en considérant les différences de rendements et les coûts d’application du produit.

Objectifs

Le but du projet est d’améliorer les connaissances et la gestion intégrée du PS au Québec. Les objectifs spécifiques proposés sont :
1 – Développer et valider une méthode de dépistage séquentiel binomial adaptée au Québec permettant de déterminer le dépassement du seuil d’alerte (250 PS/plant) et du seuil de dommage économique (675 PS/plant), afin de diminuer le temps de dépistage et réduire les applications.
2 – Évaluer la rentabilité des traitements insecticides contre le PS et déterminer le moment opportun pour faire une intervention phytosanitaire.
3 – Évaluer l’impact des traitements insecticides sur les populations d’EN.
4 – Étudier la possibilité d’estimer les pertes de rendements à l’aide d’un modèle d’accumulation des pucerons-jours afin d’intégrer cette donnée dans la prise de décisions quant à l’utilisation de traitements insecticides.
5 – Élaborer une trousse de gestion intégrée du PS pour outiller les producteurs et les conseillers agricoles.

Crédit photo : CÉROM

Domaine : Phytoprotection
Spécialité : Entomologie
Porteur de projet : Sébastien Boquel
Collaborateur(s) externe(s) : Geneviève Roy (Groupe PleineTerre), Stéphanie Mathieu (MAPAQ), Yvan Faucher (MAPAQ)
Source de financement : Programme d’Innovation bioalimentaire 2023-2028
Durée : 2026-2030
Culture : Soya
Pays : Canada
Régions : Montérégie
Statut : En cours

PROJETS

Le nématode à kystes du soja (Heterodera glycines, synonyme NKS) est le ravageur le plus nuisible du soya dans le monde, causant des pertes estimées de plus de 880 millions de dollars (USD) annuellement depuis 2015 dans le nord des États-Unis et en Ontario (Crop Protection Network). La gestion du NKS se fait par la rotation des cultures avec des plantes non hôtes et l’utilisation de variétés de soja résistantes. Actuellement, environ 95 % des variétés résistantes contiennent une seule source de résistance provenant de PI 88788. En raison de la surexploitation de cette source, la résistance se dégrade aux États-Unis, ainsi que dans plusieurs champs en Ontario et au Québec. En conséquence, il est urgent de développer des variétés avec des sources de résistance alternatives afin de fournir aux producteurs canadiens des options alternatives pour prévenir l'effondrement de la résistance. Ce projet vise à développer de nouvelles variétés de soya à courte saison (MG 0 à MG 000) portant la résistance provenant de neuf nouvelles sources de résistance, et à confirmer leur résistance aux types Hg 0 et Hg 2.5.7 du NKS. Ces types Hg sont actuellement les types Hg prédominants au Canada, et le développement de nouvelles variétés résistantes à ces types Hg offrira donc aux producteurs de soya canadiens des sources de résistance alternatives au PI 88788 et contribuera à maintenir l'efficacité des variétés de soya résistantes. Pour développer les variétés, la prédiction génomique sera utilisée pour prédire les meilleurs croisements. Les croisements subiront ensuite une sélection assistée par marqueurs pour éliminer les lignées non résistantes, et les lignées avancées présentant des traits agronomiquement supérieurs seront soumises à un phénotypage contre les deux types Hg.
La résistance aux herbicides est devenue un problème majeur pour les producteurs de soya au Québec, surtout en Montérégie. Deux mauvaises herbes sont particulièrement préoccupantes : la petite herbe à poux, très compétitive, et le maïs spontané, qui pousse après la récolte et cause d’importantes pertes de rendement. Comme ces mauvaises herbes sont de plus en plus difficiles à contrôler, les producteurs doivent souvent utiliser davantage d’herbicides, ce qui augmente les coûts et la pression sur l’environnement. Ce projet vise à tester une nouvelle approche : utiliser des drones et l’intelligence artificielle pour repérer précisément les mauvaises herbes dans les champs, puis appliquer les herbicides seulement où c’est nécessaire. À l’aide d’images aériennes, un algorithme sera entraîné pour reconnaître automatiquement les foyers d’herbe à poux et de maïs spontané. Ces informations permettront de créer une carte de prescription qui guidera un pulvérisateur pour effectuer des traitements localisés. Les essais auront lieu sur quatre fermes en Montérégie durant trois ans. Le projet mesurera la précision de l’algorithme, la qualité du contrôle des mauvaises herbes, la réduction de la quantité d’herbicide utilisée, l’effet sur le rendement du soya et les économies possibles pour les producteurs. En somme, le projet cherche à démontrer qu’il est possible de réduire les pesticides tout en maintenant de bons rendements, grâce à l'utilisation des cartes de prescription.
Le ver-gris occidental du haricot (VGOH) est un papillon dont les larves s'attaquent principalement aux cultures de maïs (grain, ensilage et sucré). Il est difficile de lutter contre cet insecte puisque les larves (des chenilles) s'attaquent aux épis et que peu de méthodes sont actuellement disponibles. Les trichogrammes sont des micro-guêpes qui peuvent parasiter les œufs de plusieurs espèces de papillons ravageurs. Ils sont utilisés comme agents de lutte biologique dans plusieurs cultures fruitières et maraîchères, ainsi qu’en foresterie. Au cours des dernières années, nous avons démontré que les trichogrammes peuvent parasiter les œufs de VGOH. Dans certaines cultures, des trichocartes sont utilisées pour effectuer la lutte biologique. Mais l'utilisation de trichocartes n'est pas une méthode viable pour de grandes superficie. Les drones sont une technologie innovante pour faire de l'épandage de trichogrammes dans les champs. Cette méthode a déja été testée pour lutter contre la pyrale du maïs. Le projet vise donc à tester différentes méthodes d'épandage (en vrac ou en capsules) pour évaluer si cette technologie est efficace et rentable pour contrôler le VGOH. les populations de ver-gris occidental du haricot (VGOH) (Lepidoptera : Noctuidae). Des masses d’œufs avaient été collectées dans différents champs de la province pour déterminer s’il existe un parasitisme naturel et si oui, par quelle(s) espèce(s). Des essais préliminaires avaient également été réalisés en champ en effectuant des lâchers inondatifs de trichogrammes à l’aide de trichocartes sur de petites superficies. Les résultats avaient montré que les masses d’œufs peuvent être parasitées par diverses espèces de trichogrammes, mais naturellement c’est l’espèce T. minutum qui semble être la meilleure candidate pour contrôler le VGOH puisque quasiment 100% des masses d’œufs de VGOH étaient parasitées par cette espèce (Saguez, 2024). Bien que les trichogrammes soient efficaces contre les œufs de VGOH, il serait peu réaliste d’installer manuellement des trichocartes sur de grandes superficies de maïs grain ou ensilage ni même dans du maïs sucré destiné à la transformation. Il existe d’autres méthodes qui peuvent être envisagées pour les grands champs, parmi lesquelles la dispersion des trichogrammes par avion, à l’aide de drones (dispersion en vrac ou via des capsules) ou en utilisant des pulvérisateurs. Des études récentes ont été menées au Québec sur la pyrale du maïs et la tordeuse des bourgeons de l’épinette, avec l’utilisation de drone pour libérer des trichogrammes (Martel et al. 2021). Les résultats de ces travaux ont montré un parasitisme plus élevé des masses d’œufs de pyrale et de tordeuse dans les zones traitées par drone que dans les zones témoin. Cette étude a également montré que la synchronisation de l’épandage et le temps d’exposition des œufs sont des facteurs clefs dans le succès de la méthode. Une autre étude a également été effectuée par l’Université Laval à l’aide d’un pulvérisateur installé sur un véhicule tout terrain (Dionne, 2019). En 2021, un épandage par drone de trichogrammes en vrac sur vermiculite avait été réalisé dans deux champs et les résultats avaient indiqué une réduction des dommages liés au VGOH dans les sections traitées avec des trichogrammes comparativement au témoin (Saguez, non publié). Le présent projet qui s’est déroulé au cours des saisons 2022 à 2024 visait à confirmer l’efficacité des différentes méthodes d’épandage de trichogrammes pour le contrôle du VGOH.

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