Le puceron du soya (PS) est un ravageur bien connu des producteurs du Québec. Dans la plupart des cas, les ennemis naturels (EN) parviennent à maintenir les populations à des niveaux acceptables. Malgré tout, à chaque année, de nombreux champs atteignent le seuil de dommages économiques de 675 PS/plant et des traitements insecticides sont réalisés. Le nombre d’applications semble avoir augmenté au cours des dernières années, probablement en raison de l’arrivée plus hâtive des PS en début de saison qui leur permet d’atteindre des populations plus importantes plus tard en saison, lorsque le soya est plus vulnérable (stades R1 à R5). Toutefois, la rentabilité de ces traitements est incertaine car ceux-ci sont généralement faits trop tard en saison, souvent au moment où les populations de PS s’apprêtent à diminuer naturellement. De plus, l’impact du PS sur le rendement est encore trop peu documenté en conditions réelles en champ.
La stratégie d’intervention recommandée au Québec repose sur un suivi hebdomadaire des populations de PS pendant presque deux mois. Ces dépistages, qui nécessitent de compter tous les pucerons sur 20 à 30 plants par champ, sont cependant longs et fastidieux, ce qui limite le nombre de champs pouvant être suivis et augmente le risque d’intervenir trop tard en cas de dépassement du seuil. Une méthode de dépistage séquentiel binomial développée au États-Unis (Hodgson et al. 2004) a été testée en 2025 sur des données québécoises (Boquel et al., non publié). Cette méthode permet de déterminer le dépassement du seuil d’alerte (250 PS/plant) en se basant uniquement sur la proportion de plants infestés avec 40 PS/plant et plus plutôt que sur un décompte complet des PS. Bien que la méthode se soit avérée très efficace à détecter les dépassements du seuil d’alerte, elle était trop conservatrice, résultant en un nombre élevé de faux positifs (c.à.d. des prédictions de dépassement alors que les populations n’atteignent pas réellement le seuil d’alerte). Par ailleurs, comme la méthode a été développée pour détecter les dépassements du seuil d’alerte, elle ne permet pas de savoir si les populations dépassent aussi le seuil de dommage économique de 675 PS/plant.
Pour améliorer le pouvoir prédictif de la méthode, les données de dépistage du PS du RAP Grandes cultures seront utilisées pour développer deux nouveaux plans de dépistage séquentiel binomial, l’un pour détecter le dépassement du seuil d’alerte de 250 PS/plant, et l’autre pour détecter le dépassement du seuil de dommages économiques de 675 PS/plants. Le nouveau protocole de dépistage séquentiel sera simulé pour chaque date de dépistage jusqu’à l’obtention d’une prédiction (dépassement ou non du seuil d’alerte ou de dommages économiques) ou l’atteinte du nombre maximal de plants (30).
Une fois les nouvelles méthodes de dépistage séquentiel validées, un document sera rédigé afin d’expliquer leur utilisation. Un fichier de prise de donnée avec les règles de décision sera également élaboré pour que les dépisteurs puissent interpréter les résultats de leurs dépistages (dépassement ou non des seuils), ainsi que les actions à prendre (stopper le dépistage, redépister quelques jours plus tard, traitement à envisager, etc.).
Ensuite, des champs seront dépistés chaque année en Montérégie en utilisant la nouvelle méthode de dépistage séquentiel développée plus haut. Ces dépistages rapides permettront de sélectionner 10 champs qui dépasseront le seuil d’alerte de 250 PS/plant. Pour ces champs, un dépistage complet sera réalisé pour déterminer les abondances réelles de pucerons. Deux traitements insecticides seront réalisés durant la phase de croissance exponentielle des populations de PS, soit un traitement hâtif et un traitement tardif. Les dépistages seront réalisés 1 à 3 jours avant et 1 à 3 jours après chacun des traitement, puis une fois par semaine pendant un maximum cinq semaines ou jusqu’au stade R6 du soya. Pour chaque plant, les pucerons et les ennemis naturels (coccinelles, cécidomyies, leucopis, syrphe, punaise prédatrice, pucerons momifiés, pucerons affectés par des champignons entomopathogènes) seront comptés. En fin de saison, une récolte manuelle et mécanique sera effectuée pour évaluer le rendement et ainsi juger de l’efficacité et de la rentabilité des traitements insecticides hâtif et tardif par rapport au contrôle naturel. Enfin, une analyse économique de l’utilisation du traitement insecticide sera faite pour chacun des sites en considérant les différences de rendements et les coûts d’application du produit.