Phytoprotection
Entomologie

Méthodes de lutte intégrée contre la tipule des prairies

Résumé vulgarisé

La tipule des prairies, un insecte ravageur, a été détectée pour la première fois au Québec en 2002. Depuis, elle a causé d’importants dégâts dans les grandes cultures dans plusieurs régions du Québec. Les dommages causés par les larves varient selon les conditions climatiques, ceux-ci étant plus graves après un automne pluvieux ou un printemps frais. Il n’existe actuellement aucune méthode de lutte efficace, bien que des essais préliminaires suggèrent que le hersage en surface et la rotation des cultures (avec le sarrasin, le maïs ou le soya, moins vulnérables) pourraient réduire les populations. Ces stratégies doivent encore être testées en conditions réelles. Ce projet visait à évaluer l’efficacité d’une lutte culturale et mécanique sur l’abondance des larves de tipules des prairies dans le but d’éviter l’application d’insecticides et de limiter les pertes de rendement.

Crédit photo : CÉROM

Résumé scientifique

La tipule des prairies, Tipula paludosa Meigen, est un insecte ravageur observé pour la première fois au Québec en 2002 dans les terrains de golf de la région de la Chaudière-Appalaches. Au printemps 2008, de nombreux champs de céréales, canola et plantes fourragères ont été ravagés par les larves de tipules dans les régions de la Chaudière-Appalaches et de l’Estrie. Au cours des années suivantes, des enquêtes effectuées par le CÉROM et le Réseau d’Avertissements Phytosanitaires ont permis de découvrir cet insecte dans trois autres régions du Québec, soit le Bas-Saint-Laurent, la Capitale-Nationale et le Centre-du-Québec. Les dommages aux cultures causés par la tipule des prairies dépendent des conditions climatiques durant l’automne et au printemps, ceux-ci étant plus importants après un automne pluvieux et/ou un printemps plus frais. Aucune méthode de lutte n’est actuellement disponible pour contrôler ce ravageur, qui cause régulièrement des dommages importants. Des essais préliminaires ont permis de montrer que le hersage en surface pourrait être un moyen efficace pour réduire les populations de ce ravageur. Toutefois, le nombre de passages et le moment propice pour effectuer le travail de sol ne sont pas connus. La rotation des cultures pourrait aussi être une méthode efficace, le sarrasin, le maïs et le soya s’étant montrés des cultures moins vulnérables en laboratoire. Ces cultures doivent être maintenant testées en champ. Une combinaison de ces deux méthodes serait aussi à tester.

Ce projet visait à évaluer l’efficacité d’une lutte culturale et mécanique sur l’abondance des larves de T. paludosa dans le but d’éviter l’application d’insecticides non-homologués et de limiter les pertes de rendement pour les nombreux producteurs aux prises avec cet insecte. Les résultats ont montré que deux à trois passages de herse à l’automne permettaient de diminuer le nombre de larves de T. paludosa par mètre carré. Bien que l’essai de rotation culturale n’ait pas pu être réalisé dans son intégralité, la culture de sarrasin a montré une réduction des populations de larves de T. paludosa en comparaison à un témoin de céréale (avoine). Le sarrasin, le maïs et le soya semblent être moins vulnérables aux dégâts causés par T. paludosa et seraient donc des cultures à favoriser dans les rotations des parcelles à forte infestation. La mise en place de telles méthodes de lutte permettrait de réduire les pertes de rendement mais aussi les réclamations à la Financière agricole en lien avec ce ravageur.

Objectifs

L’objectif de ce projet est de tester deux méthodes de lutte et de déterminer les seuils d’interventions dans plusieurs cultures:

  1. L’effet d’une lutte culturale avec des champs semés en sarrasin, maïs ou soya, comparé à une céréale sur les populations et les dommages de tipules;
  2. L’effet de la lutte mécanique avec différents passages de herse en surface en automne et au printemps;
  3. Valider les seuils d’intervention dans les quatre cultures à l’étude suite.

Crédit photo : CÉROM

Domaine : Phytoprotection
Spécialité : Entomologie
Porteur de projet : Sébastien Boquel
Collaborateur(s) externe(s) : Geneviève Labrie (CÉROM), Bernard Brillant (MAPAQ), Line Bilodeau (MAPAQ), Ermin Menkovic (MAPAQ), Salah Zoglami (Producteurs de grains du Québec)
Source de financement : Programme innov’action agroalimentaire
Durée : 2014-2018
Culture : Orge, Prairie
Pays : Canada
Régions : Bas-Saint-Laurent, Chaudière-Appalaches
Statut : Terminé

GALERIE PHOTOS

PROJETS

Le nématode à kystes du soja (Heterodera glycines, synonyme NKS) est le ravageur le plus nuisible du soya dans le monde, causant des pertes estimées de plus de 880 millions de dollars (USD) annuellement depuis 2015 dans le nord des États-Unis et en Ontario (Crop Protection Network). La gestion du NKS se fait par la rotation des cultures avec des plantes non hôtes et l’utilisation de variétés de soja résistantes. Actuellement, environ 95 % des variétés résistantes contiennent une seule source de résistance provenant de PI 88788. En raison de la surexploitation de cette source, la résistance se dégrade aux États-Unis, ainsi que dans plusieurs champs en Ontario et au Québec. En conséquence, il est urgent de développer des variétés avec des sources de résistance alternatives afin de fournir aux producteurs canadiens des options alternatives pour prévenir l'effondrement de la résistance. Ce projet vise à développer de nouvelles variétés de soya à courte saison (MG 0 à MG 000) portant la résistance provenant de neuf nouvelles sources de résistance, et à confirmer leur résistance aux types Hg 0 et Hg 2.5.7 du NKS. Ces types Hg sont actuellement les types Hg prédominants au Canada, et le développement de nouvelles variétés résistantes à ces types Hg offrira donc aux producteurs de soya canadiens des sources de résistance alternatives au PI 88788 et contribuera à maintenir l'efficacité des variétés de soya résistantes. Pour développer les variétés, la prédiction génomique sera utilisée pour prédire les meilleurs croisements. Les croisements subiront ensuite une sélection assistée par marqueurs pour éliminer les lignées non résistantes, et les lignées avancées présentant des traits agronomiquement supérieurs seront soumises à un phénotypage contre les deux types Hg.
La résistance aux herbicides est devenue un problème majeur pour les producteurs de soya au Québec, surtout en Montérégie. Deux mauvaises herbes sont particulièrement préoccupantes : la petite herbe à poux, très compétitive, et le maïs spontané, qui pousse après la récolte et cause d’importantes pertes de rendement. Comme ces mauvaises herbes sont de plus en plus difficiles à contrôler, les producteurs doivent souvent utiliser davantage d’herbicides, ce qui augmente les coûts et la pression sur l’environnement. Ce projet vise à tester une nouvelle approche : utiliser des drones et l’intelligence artificielle pour repérer précisément les mauvaises herbes dans les champs, puis appliquer les herbicides seulement où c’est nécessaire. À l’aide d’images aériennes, un algorithme sera entraîné pour reconnaître automatiquement les foyers d’herbe à poux et de maïs spontané. Ces informations permettront de créer une carte de prescription qui guidera un pulvérisateur pour effectuer des traitements localisés. Les essais auront lieu sur quatre fermes en Montérégie durant trois ans. Le projet mesurera la précision de l’algorithme, la qualité du contrôle des mauvaises herbes, la réduction de la quantité d’herbicide utilisée, l’effet sur le rendement du soya et les économies possibles pour les producteurs. En somme, le projet cherche à démontrer qu’il est possible de réduire les pesticides tout en maintenant de bons rendements, grâce à l'utilisation des cartes de prescription.
Le ver-gris occidental du haricot (VGOH) est un papillon dont les larves s'attaquent principalement aux cultures de maïs (grain, ensilage et sucré). Il est difficile de lutter contre cet insecte puisque les larves (des chenilles) s'attaquent aux épis et que peu de méthodes sont actuellement disponibles. Les trichogrammes sont des micro-guêpes qui peuvent parasiter les œufs de plusieurs espèces de papillons ravageurs. Ils sont utilisés comme agents de lutte biologique dans plusieurs cultures fruitières et maraîchères, ainsi qu’en foresterie. Au cours des dernières années, nous avons démontré que les trichogrammes peuvent parasiter les œufs de VGOH. Dans certaines cultures, des trichocartes sont utilisées pour effectuer la lutte biologique. Mais l'utilisation de trichocartes n'est pas une méthode viable pour de grandes superficie. Les drones sont une technologie innovante pour faire de l'épandage de trichogrammes dans les champs. Cette méthode a déja été testée pour lutter contre la pyrale du maïs. Le projet vise donc à tester différentes méthodes d'épandage (en vrac ou en capsules) pour évaluer si cette technologie est efficace et rentable pour contrôler le VGOH. les populations de ver-gris occidental du haricot (VGOH) (Lepidoptera : Noctuidae). Des masses d’œufs avaient été collectées dans différents champs de la province pour déterminer s’il existe un parasitisme naturel et si oui, par quelle(s) espèce(s). Des essais préliminaires avaient également été réalisés en champ en effectuant des lâchers inondatifs de trichogrammes à l’aide de trichocartes sur de petites superficies. Les résultats avaient montré que les masses d’œufs peuvent être parasitées par diverses espèces de trichogrammes, mais naturellement c’est l’espèce T. minutum qui semble être la meilleure candidate pour contrôler le VGOH puisque quasiment 100% des masses d’œufs de VGOH étaient parasitées par cette espèce (Saguez, 2024). Bien que les trichogrammes soient efficaces contre les œufs de VGOH, il serait peu réaliste d’installer manuellement des trichocartes sur de grandes superficies de maïs grain ou ensilage ni même dans du maïs sucré destiné à la transformation. Il existe d’autres méthodes qui peuvent être envisagées pour les grands champs, parmi lesquelles la dispersion des trichogrammes par avion, à l’aide de drones (dispersion en vrac ou via des capsules) ou en utilisant des pulvérisateurs. Des études récentes ont été menées au Québec sur la pyrale du maïs et la tordeuse des bourgeons de l’épinette, avec l’utilisation de drone pour libérer des trichogrammes (Martel et al. 2021). Les résultats de ces travaux ont montré un parasitisme plus élevé des masses d’œufs de pyrale et de tordeuse dans les zones traitées par drone que dans les zones témoin. Cette étude a également montré que la synchronisation de l’épandage et le temps d’exposition des œufs sont des facteurs clefs dans le succès de la méthode. Une autre étude a également été effectuée par l’Université Laval à l’aide d’un pulvérisateur installé sur un véhicule tout terrain (Dionne, 2019). En 2021, un épandage par drone de trichogrammes en vrac sur vermiculite avait été réalisé dans deux champs et les résultats avaient indiqué une réduction des dommages liés au VGOH dans les sections traitées avec des trichogrammes comparativement au témoin (Saguez, non publié). Le présent projet qui s’est déroulé au cours des saisons 2022 à 2024 visait à confirmer l’efficacité des différentes méthodes d’épandage de trichogrammes pour le contrôle du VGOH.

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