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La résistance des mauvaises herbes aux herbicides : il faut y voir!


Depuis 2012, un service de détection de la résistance des mauvaises herbes aux herbicides est offert gratuitement aux producteurs du Québec.

Celui-ci a été mis en place en réponse à l’un des objectifs de la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011-2021 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). C’est le Centre de recherche sur les grains (CEROM) qui a le mandat d’assurer ce service depuis 2014 grâce à une aide financière du MAPAQ et de divers partenaires de l’industrie.

La résistance aux herbicides se traduit par la capacité d’une population de mauvaises herbes de survivre à un traitement herbicide appliqué à une dose normalement létale. L’emploi répété d’un herbicide ou d’herbicides appartenant au même groupe (mode d’action) conduit à la sélection des individus résistants. Le peu de diversité dans les rotations de cultures, notamment la monoculture de maïs ou les rotations courtes telles que l’alternance de maïs et de soya, permet difficilement de mettre en place une rotation adéquate des groupes d’herbicides. De plus, ces cultures, souvent pratiquées en entrerangs larges, offrent peu de compétition aux mauvaises herbes en début de saison contrairement aux céréales à paille. À ce jour, 11 espèces de mauvaises herbes ont développé de la résistance à quatre groupes d’herbicides, soit les groupes 1, 2, 5 et 7.

Lorsqu’un contrôle inefficace des mauvaises herbes est observé à la suite d’un traitement herbicide, il est important de bien distinguer le phénomène de résistance d’un échec attribuable au traitement, notamment en raison d’un recouvrement imparfait de la surface traitée, d’un choix inadéquat d’herbicides selon les espèces présentes, du non-respect du stade de croissance des mauvaises herbes, d’une erreur dans la préparation de la bouillie ou de conditions climatiques non favorables. Les éléments suivants peuvent vous permettre de soupçonner la présence de populations résistantes :

  • Une seule espèce parmi toutes celles visées par le traitement a résisté à ce dernier;
  • Des plants sont affectés par le traitement, mais semblent survivre à celui-ci;
  • Les mauvaises herbes non contrôlées sont distribuées selon un patron aléatoire et sont présentes de façon isolée ou en îlots;
  • Des herbicides appartenant au même groupe ont été utilisés de manière répétée au cours des dernières années.

Lorsque vous soupçonnez de la résistance dans votre exploitation, consultez votre agronome afin qu’il entreprenne les démarches nécessaires à l’identification du problème. Dans le cas où un test de détection de la résistance est justifié, des semences matures doivent être récoltées à l’automne et expédiées au CEROM selon la procédure disponible en ligne au www.cerom.qc.ca. La prévention et la détection de la résistance sont des étapes essentielles dans la mise en œuvre de tout bon programme de lutte intégrée aux mauvaises herbes. Voyez-y!

À retenir

L’emploi répété d’herbicides appartenant au même groupe favorise le développement de la résistance. Afin de prévenir ce phénomène, la mise en place d’une rotation de groupes d’herbicides selon des modes d’action est essentielle. Le recours aux rotations de cultures, de matières actives et de produits commerciaux ne justifie pas à tout coup une rotation des groupes d’herbicides.

 

Marie-Édith Cuerrier, agr., M. Sc., Chercheuse en malherbologie, CEROM inc.